L’asso et nous… petite histoire

Né d’un rêve d’enfant – celui que tout le monde fait, celui d’une famille, d’un groupe / d’une communauté ou d’un village où tout le monde vit et travaille ensemble, main dans la main, en harmonie avec la nature à laquelle l’homme appartient, celui d’un mélange d’expériences et de savoir vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années avec des techniques, matériels et matériaux modernes/contemporains, celui d’un mélange entre les générations, les sexes, les religions, les cultures, les savoirs, les passions, celui d’un mélange entre l’homme et la nature sous toutes ses formes, un rêve de pureté, de paix, d’harmonie, de vivance, de respect, de valeurs, de liberté, d’égalité, de fraternité, de partage et de bonheur (bien-être, plénitude), une utopie – prolongé dans un désir d’adolescent au travers des sorties, repas et soirées entre amis et/ou en famille, Le Potager de mes Rêves a grandi sans nom quelque part dans un coin de ma tête, au début du 21ème siècle…

Et cette idée est restée une utopie irréalisable pendant toutes ces années, un rêve inatteignable, jusqu’à la naissance de mon premier enfant, en 2007. J’avais toujours gardé en mémoire que le sens de la vie était le bonheur – depuis que je l’avais découvert au Lycée grâce à mes professeurs de philosophie – et que son chemin, son (notre) accomplissement devait passer par l’amour et l’harmonie avec la nature. J’avais déjà la chance d’avoir l’amour et la nature autour de moi sauf que notre vie, comme celle de la plupart des hommes, nous poussait à nous en éloigner en permanence. Mais avec la naissance de ma fille et la passion de ma femme pour la cuisine, le potager devint une solution évidente. Ce n’était pas encore LA solution, mais un échappatoire partiel qui nous permettait d’offrir une nourriture et des bases/valeurs saines à notre enfant dans un monde capitaliste complètement tourné vers l’argent, le profit et tout plein de fausses valeurs à l’opposé de celles fondamentales de la vie, de la nature sans laquelle nous n’existerions même pas.

J’ai donc décidé de débuter un petit potager à la manière de ma femme – 2 ans auparavant, dans le jardin de notre seconde location – de mon père et de mes grands pères (qui m’ont tous les 3 appris à respecter la nature).  Ce potager auquel je n’avais aucun droit dans mon enfance et duquel on m’a éloigné parce que d’une part çà n’était pas pour les enfants et, d’autre part, çà ne pouvait pas devenir un travail plus tard… quand je serais grand. Là, c’était différent, j’étais grand, j’avais déjà un travail et c’était MON terrain. Je fis mon premier semis : du persil. C’est ce qui met le plus de temps à germer parmi les plantes potagères ; je ne le savais pas et désespérais jour après jour pendant les 3 semaines qu’il fallut aux plantules pour sortir de terre ; mais quand elles apparurent sous mes yeux ébahis, tout a (re)pris son sens… de la même manière que le jour où ma fille est née… je donnais de nouveau la vie. C’est là que j’ai découvert ma passion et c’est là que j’ai compris que, contrairement à tout ce qu’on avait pu m’apprendre auparavant, à l’école ou à la maison, la réponse était là, juste devant moi, dans ces graines que je faisais pousser pour nourrir ma famille. C’est ce que nos ancêtres et aînés faisaient depuis la sédentarisation de l’homme et nous en seulement quelques dizaines d’années on s’en est éloigné comme de la peste ! Pas besoin de chercher plus loin d’où venait le mal-être de l’homme qui le poussait de plus en plus dans le mauvais sens. Pas besoin non plus de chercher plus loin pour comprendre qu’il suffisait de rapprocher l’homme de cette nature qui le nourrit pour redonner espoir aux générations futures, redonner un avenir prometteur à nos enfants, peut-être même un avenir tout court à une époque ou le changement climatique commençait à faire de plus en plus parler de lui.

Parallèlement, j’abandonnai l’entreprise de peinture de mon père que j’avais repris seul avec ses 6 salariés, 3 ans auparavant, avant d’être rejoint par ma femme qui venait de débuter en cuisine. Je ne saurais dire si c’est la difficulté d’être jeune chef/patron/gérant dans les conditions qu’étaient celles de l’entreprise ou si c’était l’évidence que ma vie était ailleurs qui me fit abandonner – surement beaucoup des deux – toujours est-il que je me retrouvai père au foyer, incapable de trouver un travail qui me convenait (après cette lourde défaite et ce mal de la société qui me rongeait depuis tout petit), mais incapable également de me contenter de ce statut qui était alors encore très mal vu. Je voulais à tout pris trouver le moyen de nourrir ma famille et j’y pris énormément de plaisir. C’est pourquoi, petit à petit, je fis le plus grand et le plus beau potager possible… un potager un forme de cœur pour immortaliser l’amour qu’il représentait… l’amour qui y poussait (l’amour des plantes) mais aussi et surtout l’amour de mon enfant et l’amour de ma femme qui m’avait appris à aimer la nourriture, m’apprenait à aimer les légumes et les épices, aromates, condiments et me laissait vivre mes passions.

Cette année je fis le plus beau potager que je n’avais jamais vu avant en semant et plantant tout ce que je pouvais trouver et acheter dans les jardineries, marchés et magasins. Cette année là je réalisai également les nombreuses variétés que l’on pouvait trouver en jardineries comparées aux quelques unes présentes dans les supermarchés. Et çà ne faisait que commencer, je découvris également l’association Kokopelli et le grainetier par correspondance Baumaux avec leurs centaines de variétés de tomates, piments, courges, laitues… C’était décidé je voulais à tout pris faire découvrir cette diversité à mon entourage et même déjà au monde entier tout en trouvant le moyen de vivre de cette passion… du potager.

L’année suivante, j’achetai un tunnel maraicher grâce à l’aide financière de mes parents. Le but était de produire des légumes pour les revendre. Mais la surface de notre jardin était trop petite et mon besoin de découvrir de nouvelles variétés peut-être trop grand… En plus de cet immense « potager familial », je me « contentai » donc de produire des plants que ma femme vendait sur les marchés. Mais encore une fois ce n’était pas suffisant à mon goût et en même temps pas suffisant pour gagner notre vie. Ma femme a donc repris son travail de cuisinière, tout en m’aidant de temps en temps, pendant que je cherchais à développer ce projet, ce concept qui méritait toute mon attention. J’ai alors commencé à récupérer mes propres graines, continué de chercher et trouver de nouvelles variétés et espèces, méconnues ou oubliées, sur internet et j’ai aussi fini par créer le site internet de ce potager qui devint le Potager de mes Rêves en cette fin d’année 2008.

En 2009,  j’ai découvert, acheté ou échangé tellement d’espèces et de variétés que ce projet s’est peu à peu transformé en l’idée d’un jardin botanique. Le Potager de mes Rêves pris alors une nouvelle dimension, un nouveau souffle et un nouveau départ avec la naissance d’Eyden. Mais comment vivre de ce jardin botanique ?

En 2010, ma femme ne m’aidait presque plus et j’étais trop « enfermé » dans mon projet pour trouver le temps et le courage de vendre sur les marchés ou à la maison. En fait, la bizarrerie et la complexité de mon projet et de ma situation me mit encore plus mal à l‘aise face aux gens. Je commençais à m’enfoncer dans ma bulle sans jamais vraiment savoir complètement où j’allais et sans être capable de l’expliquer clairement. Je décidé donc de créer une boutique en ligne pour recommencer à vendre des plants et surtout commencer à vendre des graines.

En 2011, le projet a commencé à s’éclaircir : ce n’était pas simplement un potager, du maraichage, un jardin botanique, une boutique en ligne, un site internet avec une liste de plantes potagères… c’était tout çà à la fois avec encore d’autres choses qui apparaissaient petit à petit comme une évidence. Ma femme a recommencé à m’aider et on a décidé d’acheter une maison avec beaucoup plus de terrain, une maison qui se trouvait pas loin de chez nous en plus. J’ai dû réaliser un prévisionnel de ce projet avec l’aide de la chambre d’agriculture pour pouvoir faire un crédit avec les banques mais petit à petit le projet devenait trop dur à supporter pour Gaelle qui devait s’occuper seule des rendez-vous étant donné que j’étais devenu impossiblement trop mal en société . Elle abandonna alors l’idée pendant un moment pour reprendre un travail puis se remettre au chômage afin d’avoir le temps et les moyens de le lancer dans sa totalité. C’est là que j’ai commencé à vraiment hésité sur les statuts de ce projet en voyant de plus en plus ses buts autres que de simplement gagner de l’argent. J’ai alors voulu faire une partie entreprise et une partie asso mais la chambre d’agriculture n’a pas compris mon idée. De plus ma femme, complètement dépassée – malgré le fait qu’on s’expliquait toujours tous les jours où on en était – et, parallèlement de plus en plus prise par son travail, m’a laissé continuer seul. Je pensais que c’était momentané… le temps que je délimite bien ce projet et ses statuts, chose que j’ai faite après avoir compris qu’à choisir entre créer une ets ou une asso, le plus important était l’asso. J’ai donc réalisé l’ébauche des statuts et le premier plan de ce futur écomusée comme j’ai alors commencé à l’appeler.

J’ai continué à vendre des graines jusqu’en 2012 où je me suis rendu compte que ce qui me demandait le plus de temps était de faire des fiches sur cette boutique et qu’il n’y avait, parallèlement sur internet, aucune encyclopédie francophone sur les plantes comestibles. J’ai donc laissé de côté la boutique pour me consacrer aux bases de données, liste et fiches des plantes « potagères » que j’entretenais plus ou moins depuis 4 ans pour m’aider dans les différentes parties de notre projet. C’est là que j’ai décidé de réunir/regrouper toutes ces informations dans une seule base de données et que j’ai décidé de me consacrer à une des parties les plus importantes : la base de données encyclopédiques des plantes comestibles. J’ai appris les codes php et sql en plus des html et css et j’ai étoffé, complété et référencé, grâce à divers ouvrages et sites internet, pendant 1 an et ½, à raison d’une dizaine d’heures par jour, ce qui allait devenir une véritable petite encyclopédie.

Parallèlement, j’ai commencé à me mettre à la vraie cuisine qui était la dernière partie et peut-être la plus importante de ce projet, tout en me rapprochant de ma femme qui s’éloignait peu à peu dans son nouveau métier qu’elle commençait vraiment à aimer et ne voulait déjà plus quitter… Elle m’avait appris à aimer la nourriture et les plantes puis tous les légumes et les fruits, les uns après les autres, puis la cuisine elle-même à tel point que c’est devenu une passion principale et que j’aimais tout et tout faire alors qu’à notre rencontre je me contentais de frites et galettes… Bref, elle a donné un sens à ma vie, le sens de ma vie. C’était pour elle et nos enfants que je cultivais toute cette diversité, pour elle aussi que je faisais cette encyclopédie et par elle et grâce à elle que je me mettais à cuisiner à mon tour, pour qu’elle soit fière de moi et pour lui préparer de bon petit plats et lui faire découvrir tout ce que j’apprenais chaque jour tout en lui laissant tout le temps dont elle avait besoin pour son travail et son épanouissement, et enfin pour pouvoir travailler avec elle, sous ses ordres de chef cuisinier, si elle le désirait.

Mais la vie en a décidé autrement. Elle est partie, ne voyant pas cela, ne croyant pas cela, et surtout parce que notre projet et mon mal-être (mon stress, mes angoisses…) lui avait fait perdre les plus belles années de sa vie car je ne sortais plus et qu’elle ne voulait pas sortir sans moi, parce que je ne gagnais pas d’argent et qu’elle devait travailler pour 2, et parce que j’étais mal depuis si longtemps, mal de ne pas savoir si je réussirais un jour, mal d’être incompris des autres et finalement mal d’être mal. Pourtant tout allait mieux depuis que je commençais à comprendre la globalité du projet et surtout depuis que j’avais commencé à faire l’encyclopédie et que je me mettais à la cuisine… je commençais à voir le bout du tunnel… mais dans sa tête c’était déjà trop tard… elle préparait déjà ses valises sans même m’en parler. Je n’ai rien vu venir et je n’ai rien compris. Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi elle pense ne jamais changer d’avis. Toujours est-il qu’elle ne veut plus entendre parler ni de moi ni de ce projet que je croyais être le nôtre…

Mais j’ai décidé d’avancer, tout en l’attendant, parce que je l’aime autant que nos enfants, c’est à dire plus que tout au monde et je suis persuadé au fond de moi qu’on est toujours fait l’un pour l’autre comme elle le disait et que cette séparation n’est que le fruit de ce mal qui nous poursuit depuis qu’on a décidé de faire quelque chose pour nos enfants et notre belle planète en cette époque ou tout est destruction (séparation, surconsommation, pollution, surproduction…). J’ai décidé de continuer… pour ce projet, pour nous, pour elle et surtout pour nos enfants et leur avenir. J’ai travaillé sur moi-même pour « guérir » et porter seul ce projet qui valait vraiment le coup.

C’est alors que j’ai réussi à faire un nouveau plan du projet. Un plan détaillé que je pourrais présenter à tout mon entourage… chose que j’ai faite. Et le verdict est sans attendre : « C’est un très beau projet », « Ce projet est merveilleux »… une pluie de compliments s’est fait entendre jusqu’au plus profond de mon cœur. Je ne pouvais plus abandonner ce projet qui me prenait déjà trop de temps – tout mon temps – depuis 7 ans. Il fallait que j’en parle, que je rencontre du monde, que je fasse des visites et des stages dans chaque domaine lié à celui-ci, que j’apprenne et que j’explique les moindre détails de ce projet, que je calcule tout et que je cherche et trouve des personnes pour m’accompagner et un terrain pour y poser une yourte et démarrer enfin ce projet à plus grande échelle.

Le Potager de mes Rêves deviendrait alors un écolieu botanique, peut-être le premier écovillage botanique, pédagogique et touristique sur le thème des plantes comestibles et/ou alimentaires.

Et il fallait aussi que je raconte cette histoire…

Merci d’avoir pris le temps de lire ces quelques lignes et n’hésitez-pas à me poser des questions pour tout renseignement complémentaire. Je recherche toute aide possible et imaginable me permettant d’atteindre ces buts (idées, conseils, accompagnements, partenaires, membres, bénévoles, subventions, dons, terres, etc…).   Votre soutien est le bienvenu.

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